La fatigue du Québec
Publié dans Divers le mai 26th, 2008
30 avril 2008 par Joseph Facal
Denise Bombardier se désolait récemment qu’une société pourtant jeune comme le Québec se comporte déjà comme une société fatiguée.
Évidemment, les jovialistes s’empresseront de lui faire la liste des Québécois qui réussissent individuellement.
Mais collectivement, comment lui donner tort ? Presque partout où se pose le regard, on ne voit que cynisme, désabusement, fuite en avant et refus de faire face.
Le Québec d’aujourd’hui est divisé en deux camps. Le plus puissant propose de ne rien changer ou presque, ou de faire encore plus de ce qui ne marche pas. Le second pense que le Québec doit changer de direction, tout en préservant ce qui mérite de l’être.
Ces deux camps ne recoupent pas du tout les clivages habituels entre souverainistes et fédéralistes, ou entre ce qui passe pour la gauche et la droite chez nous.
Silence
Prenez la santé. On veut nous faire croire qu’il suffira de resserrer un boulon ici et là, sans rien changer de fondamental, pour que la «performance» du système s’améliore miraculeusement. Si vous croyez cela, vous faites partie du problème.
Nos universités se détériorent à vue d’œil. Payer plus pour offrir de la vraie qualité à nos enfants soulève un tollé. Chacun trouve cependant de l’argent pour une auto neuve ou une télévision 42 pouces haute définition.
La facture que nous refilerons à nos enfants augmente à tous les jours. Who cares ? On ne réagit vigoureusement que lorsqu’un viaduc s’écroule.
Toute question sur l’immigration est frappée d’interdit, sous prétexte que c’est «délicat». Un nouveau clergé veille au grain, et les excommunications tombent dru. Le peuple, qui sent que cette affaire est plus compliquée que ce qu’on lui dit, est toujours coupable de ne jamais être assez ouvert.
Je suis moi-même un immigrant. On ne me fera pas la morale là-dessus. Est-il encore permis de dire que ce thème comporte de nombreuses facettes qui ne se réduisent pas simplement à la question économique des pénuries de main-d’oeuvre ?
Pelletage
Un gouvernement minoritaire est un gouvernement de l’impuissance. Alors on gère à la petite semaine.
Et ça fait notre affaire. De toute façon, comment une société qui n’est même pas capable de régler pour de bon une question lilliputienne comme les droits de scolarité à l’université pourrait-elle se lancer dans le redressement collectif exigeant que commanderaient notre démographie, nos services publics et notre dette ?
On peut comprendre que les partis politiques ne veuillent rien dire de trop pénible juste avant les élections. Le problème est que si vous voulez faire quelque chose d’audacieux après, on vous dira que vous n’en avez pas le mandat. Et on perdra encore quelques années.
Déclin
Les fédéralistes semblent résignés au déclin du Québec au sein du Canada, même s’ils ne l’admettront jamais.
L’indépendance est une réponse à une question que les Québécois ne se posent même plus à l’heure actuelle. Pour beaucoup de mes étudiants, ce fut le combat de leurs parents. À vingt ans, quand on veut sauver la planète du réchauffement climatique, la cause du Québec manque de hauteur.
Posez-vous une seule question : à quand remonte la dernière victoire collective du peuple québécois ?
Alors on se rabat sur le hockey et on triomphe par procuration.
Mais rien n’est jamais grave, rien n’est jamais urgent au Québec. Chez nous, il y a toujours moyen de moyenner.