Survivons quand même
C’est le 400e anniversaire de l’Amérique française, mais mon peuple a été reconquis puisqu’il ne veut plus survivre. La guerre de l’abrutissement qui sévit dans toute l’Amérique contre toutes les singularités aura eu raison de lui, soumis à la même vague qui rend l’océan des peuples étale, morte.
Les gens ne veulent plus, ils n’ont plus le désir d’être eux-mêmes. Ils sont prêts à troquer leur passé et leur langue contre un prêt sans intérêt à la banque. Vendre sa langue au diable, voilà ce que nous sommes prêts à faire depuis que nous sommes abrutis. Dans les cafés, les conversations ne lèvent plus, elles avortent après quelques pâles échanges. C’est si fatigant de réfléchir!
Nous devrions peut-être relire, pendant qu’il nous reste encore un peu de force, Antoine de Saint-Exupéry quand il évoque ce pilote dont l’avion s’est écrasé et qui marche dans la neige. Il ne marche plus pour lui, non, car il n’y croit plus, il veut se laisser mourir dans la neige. Ce serait si facile! Mais il marche pour ceux qui l’attendent, il se dit qu’il n’a pas le droit de les décevoir. Cela le soutient et lui permet de continuer. Il dira par la suite: «Ce que j’ai fait, aucune bête ne serait arrivée à le faire.»
Comme femme du Québec, j’ai envie de dire à mon peuple: même si nous ne savons plus pourquoi nous devons survivre, survivons quand même, l’abrutissement généralisé nous guette. Avoir le dessin de résister dans notre différence chez nous en Amérique, en donner l’exemple à tous les peuples opprimés du monde, n’est-ce pas le plus noble des destins ?
France Marcotte, Montréal, le 28 janvier 2008 (Le Devoir)
mars 8th, 2008 at 2:22
En tant que Français, je suis très fier de savoir qu’à des milliers de kilomètres de chez moi, des gens se “battent” pour défendre la langue française et la culture qui s’y rattache.
Merci.