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Le point de bascule

Le point de bascule est ce moment particulier, quantique, qui fait basculer une mode, une façon de penser ou encore une idée, du quasi-anonymat vers un phénomène de société.  Il peut se définir comme étant l’instant décisif qui fait pencher la balance d’un côté comme de l’autre.  Il permet de comprendre qu’il suffit souvent de petits gestes bien ciblés, d’un tout petit élan au bon moment pour lancer un grand mouvement.  Nous avons trop souvent tendance à penser que pour faire changer les grandes orientations qu’il faudrait investir un maximum d’énergie, de temps et de gens.  Détrompez-vous, le point de bascule confirme le potentiel du changement et le pouvoir de l’action intelligente.

Les grandes transformations sociales sont comme les épidémies. Parce qu’à une étape de son évolution, elle atteint un point de bascule, un moment dramatique où tout change d’un seul coup. Étrange mais vérifiable : il existe des phénomènes sociaux qui agissent presque comme des épidémies.  Ils démarrent très lentement, ne concernant que peu de personnes pour, à un moment, atteindre un point critique, leur point de bascule, leur « Tipping Point » comme le disent les américains et les français, c’est-à-dire le moment où ils commencent à croitre de façon exponentielle et rapide et se transforment en quelque chose quasiment incomparable avec ce qu’ils étaient peu de temps auparavant.

Le point de bascule, repose sur la théorie que trois éléments sont inévitables dans la vie :

1. Les gens sont susceptibles d’être soumis à la « contagion », c’est-à-dire, certaines idées ou actions se développent par leur essence propre.  

2. De petites causes ont souvent de grands effets.

3. Quand le changement intervient, ce n’est pas graduellement mais brutalement.

Un exemple récent a marqué l’histoire du Québec.  Prenez l’abandon de la construction du casino dans le Vieux Port.  Ce ne sont pas des manifestations monstres qui ont fait reculer le gouvernement dans ce projet.  Pendant la plus grosse manifestation, on pouvait y compter à peine un millier de personne.  Les pétitions n’ont même pas réussi à récolter 5% du total de la population de l’île de Montréal.  Pourtant ce projet aurait affecté à plus ou moins grande échelle toute la population de l’île.  Alors pourquoi le gouvernement a-t-il abandonné ce projet.  Simplement parce que les gens qui étaient contre « défendaient » les pauvres de la région impliquée et que leur message a été hautement médiatisé.  Avaient-ils raison, avaient-ils des arguments solides.  Le point de bascule de cette histoire ne doit pas être analysé sous l’angle purement économique de la région affectée, à savoir; est-ce que le casino aurait apporté la prospérité à la région visée (position gouvernementale) ou est-ce que le casino aurait augmenté la misère des plus démunis de la région (position des opposants) mais plutôt sous l’angle social et de l’image projeté par le gouvernement.  Dès lors le combat était terminé, le point de bascule atteint.  Le terrain de bataille choisi par les opposants était plus puissant que tous les arguments de tous les analystes financiers et tous les spécialistes que le gouvernement aurait pût présenter.  De ce fait, même si le gouvernement était certain d’avoir raison, « s’attaquer directement aux pauvres » est une image qu’il ne veut pas projeter.  Il avait comprit que le point de bascule était atteint et que peut importe la durée du combat et les arguments favorables apportés, socialement le combat était déjà perdu.  Il a donc renoncé à son projet de construction.

Le monde peut sembler immuable, implacable. Il ne l’est pas. Une petite poussée au bon endroit peut le faire basculer. 

Le Citoyen

Une Réponse to “Le point de bascule”

  1. Le point de bascule | Casino Sultan Says:

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