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Le citoyen n’est plus, vive le consommateur!

Le libre marché est associé par beaucoup d’économistes et de politiciens à la démocratie. Pour eux, la démocratie est favorisée par le libre marché. Or, celui-ci impose la déréglementation, le non-interventionnisme de l’État dans l’économie et un niveau bas d’imposition pour les citoyens.

Dans un tel cas, l’État est dépossédé de plusieurs pouvoirs qui ont un impact significatif sur la vie des gens. Par conséquent, l’effet réel du libre marché sur la démocratie est de déposséder le citoyen d’une certaine partie de son pouvoir. Prenant conscience de cette impuissance de la politique, les individus s’enfoncent dans le modèle de consommation offert par l’économie néo-libérale dans laquelle il semble avoir une puissance plus effective. Plus leur pouvoir de consommation est grand, plus leurs désirs peuvent être comblés et plus ils sont « heureux ». C’est pourquoi, quand un gouvernement annonce des milliards en baisse d’impôt, les individus sont charmés par l’apparente augmentation de leur pouvoir d’achat et de leur «bonheur».

Dans ce contexte, les politiciens doivent utiliser les armes du marché pour obtenir le pouvoir. En effet, puisque la consommation est le mode de vie des citoyens, les politiciens doivent se soumettre aux principes du commerce pour attirer l’électorat. Aujourd’hui, le spécialiste en communication est la personne la plus influente dans l’entourage des politiciens. De plus, les sondages, les études de marché, de même que les «focus-groups» sont une partie essentielle du paysage politique de nos jours.

L’individu qui se sent dépossédé de son pouvoir citoyen devient donc un consommateur de la politique. Il ne choisit pas de quelle façon la société devrait être orientée. Il se contente de magasiner parmi un choix prédéterminé de candidats et de formations politiques, ce qui est le mieux en fonction de ses besoins spécifiques. Il n’y a pas d’espace public dans lequel les citoyens décideraient eux-mêmes de tout cela. Ils ne font qu’entendre parler les politiciens et les analystes, sans pouvoir intervenir eux-mêmes dans le débat. L’écoute passive devient source d’endoctrinement. La démocratie ne devient alors qu’une sorte de libre marché. Tout est régi par l’offre et la demande: une offre prédéterminée par un nombre fixe de circonscriptions, un système politique défini, des plates-formes politiques décidées par les partis et des candidats choisis par ces mêmes partis.

La demande, quant à elle, est conditionnée par l’absence de lieux de discussion publique, par un traitement souvent biaisé de l’information, par l’impuissance du citoyen qui se réfugie dans la consommation et par un laisser faire de plus en plus marqué des individus. Aussi, la faible participation des citoyens permet une logique de nivellement par le bas. En effet, moins il y a de gens, moins il y a de sélection et moins les élus sont soumis à un contrôle. Ce qui laisse une place de plus en plus grande à des gens incompétents.

Et, pour remettre en question ce système, pour se poser des questions significatives, pour se donner un projet de société, pouvons-nous compter sur ces gens? La démocratie ne devrait pas permettre ce genre de scénario, c’est-à-dire une société dirigée par des ignares, des opportunistes et des incompétents. Ils ne le sont pas tous, mais il y a une brèche qui en laisse passer plusieurs. La démocratie ne doit pas permettre un tel nivellement par le bas. Elle doit arriver à tirer le meilleur en chacun afin qu’ensemble nous puissions mener notre société vers ce qui est le mieux, ce que nous avons choisi.

Certes, les politiciens et les fortunés de ce monde sont responsables de cette dérive démocratique. Mais nous le sommes tous par notre passivité et notre inaction. Nous nous retirons nous-mêmes le pouvoir que nous possédons. Le modèle de consommation est désormais appliqué à la politique. Les politiciens se présentent comme des objets de consommation qui sont testés, mis en marché et jetés après usage.

Quand nous allons magasiner, nous choisissons parmi un étalage d’objets fournis par les fabricants. Nous payons le prix qu’ils demandent et, en cas de problème, nous rageons contre le service après-vente préenregistré. Un éveil s’impose donc. Allons-nous continuer d’attendre ce qui n’arrivera jamais ou est-ce que nous allons prendre notre destinée en mains?
Si une campagne électorale ne permet pas de vrais choix, de débattre de questions fondamentales, si elle ne fournit pas de projet de société, cela devrait suffire à éveiller une certaine colère chez les individus ou, du moins, à froisser le sentiment démocratique en chacun de nous, il serait peut-être pertinent de montrer aux politiciens qui sont les décideurs dans cette société: pas le libre marché, ni l’image, ni les sondages, mais les citoyens.

par Bruno Tremblay, Étudiant en philosophie

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